Comment parler de Palestine en 2026 ? Comment s'attaquer à ce sujet sur lequel tout a été dit, redit et approfondi par bien plus informé que vous et moi ? J'avais en tête, tout de même, d'en toucher deux mots. Parce que ça me tient à cœur bien sûr, mais aussi parce que je me suis mis à parler de sujets sérieux et qu'il me semblait insensé de discuter histoire et politique sans mentionner ce qui finira sans aucun doute dans les manuels scolaires de nos enfants et de nos petits-enfants (livres où la France ne sera d'ailleurs pas du bon côté).
Pour ne pas me contenter de poser mon porte-voix atrophié sur la bouche d'activistes qui, du reste, n'en auraient guère besoin, j'ai préféré prendre un angle d'attaque différent et donner mon avis (pour ce qu'il vaut) sur, entre autres choses, ce qu'on peut faire quand on est amené à discuter Palestine avec son tonton Michel (dont BFMTV est la seule source d'information) au détour d'un repas de famille.
Je ne me fais pas d'illusions : dans les faits, la plupart des tontons n'en auront rien à foutre de vos arguments. Ils resteront solides sur leurs appuis et sourds à vos angoisses, calcifiés dans un avis désastreux qu'ils défendront corps et âme. Le personnage de Michel n'existe pas ; chaque tonton est unique et il n'existe pas de stratégie imparable pour lui transmettre votre point de vue. En ce sens, ce personnage me sert surtout de prétexte pour approcher le sujet avec un regard complet et en reprenant les bases.
L'objectif de ce texte n'est donc pas de recréer un débat sous la douche après une hypothétique défaite cuisante, mais de se rappeler que pour neuf tontons réac' qui vous traiteront d'islamo-wokiste, il y en aura un qui vous écoutera (si tant est que vous ayez dix oncles en stock). Parce que les choses doivent changer, hier si possible, aujourd'hui s'il le faut, pour la cause palestinienne. Et pour ça, on aura peut-être aussi besoin de nos tontons.
Gaza ne meurt pas dans le silence mais dans l'indifférence. Celle de nos concitoyens et concitoyennes, que ce soit par fatigue médiatique ou par un mépris affiché pour un peuple un peu trop bronzé à leur goût, le résultat est le même. Celle de nos médias, qui invisibilisent les paroles palestiniennes et privilégient le point de vue de l'agresseur. Et avec non pas l'indifférence mais la complicité assumée de l'État et de beaucoup de grandes entreprises qui, à travers leur soutien inconditionnel, participent activement à resserrer l'étau.
Deux niveaux nous séparent donc, en France, d'une prise de conscience et d'un niveau de révolte suffisant pour que les choses changent réellement : d'abord, la France en tant qu'entité politique qui est passée (et nous le démontrerons plus bas) d'un soutien total militaire et scientifique à une molle dénonciation verbale qui n'engage que les mots et ne produit aucune coercition géopolitique, sans atteindre un stade où le gouvernement entreprendrait quoi que ce soit pour entraver le génocide.
Ensuite – et c'est peut-être le plus essentiel – la conscience collective, portée par les médias et la parole publique plus largement, s'est cristallisée autour de deux positions. La première, lâche mais très réconfortante, consiste à dire « Ah, mais c'est un sujet épineux » ; ultime thought-terminating cliché qui, d'un coup d'un seul, pose une barrière rhétorique infranchissable et contourne la réalité pour s'attarder sur sa supposée complexité. En coupant court à toute discussion de fond et en transformant la question gazaouie en un monstre terrifiant – dont seuls les experts peuvent discuter correctement et qui, en plus, va plomber l'ambiance – cette position offre un excellent retranchement aux couards comme aux mésinformés.
Et pour cause, cette stratégie n'est autre que celle des climatosceptiques – et elle a fait ses preuves ! On sème le doute, on vend le sujet comme « faisant débat » et, ce faisant, on nourrit un attentisme de confort qui ne sert que l'agresseur (climatique cette fois-ci). Quand le déni n'est plus une solution valable, il ne reste plus qu'à rendre Michel confus.
La deuxième position, qui se normalise de plus en plus sur les divers plateaux de télévision et de radio, est un point de vue purement sioniste décomplexé. J'écrivais plus haut que Gaza ne meurt pas dans le silence, mais ce n'est qu'à moitié vrai au regard de l'invisibilisation et de la déformation de la réalité par les médias français. Je laisse le soin aux analystes de l'Observatoire des médias1 de vous en convaincre en détail mais, pour ne prendre qu'un exemple parmi d'autres, le bilan humain est systématiquement remis en cause ou assorti d'un astérisque (« selon le Hamas ») lorsque les morts sont palestiniens.
La télévision, en particulier, offre un piédestal non-négligeable au sionisme le plus brutal : sur BFM, à Isaac Herzog (président israélien)2, Yonathan Arfi (président du CRIF) ou encore Olivier Rafowicz (porte-parole de Tsahal)3 – sur CNews et Europe 1, on invite carrément Netanyahou en personne4 pour lui demander ce qu'il pense des méchants terroristes (on se le demande bien). Ces discours renforcent la déshumanisation constante des victimes d'un État dont la position assumée est, on le rappelle, « Il n'y a pas d'innocents à Gaza »5.
Face à un environnement médiatique aussi hostile à la cause palestinienne et devant ces positions ma foi fort confortables à tenir, le tonton Michel aura sans doute adopté et fait sienne par défaut l'une de ces positions (en général, la première, moins risquée). Il convient donc, pour transformer Michel en vegano-décolonio-animaliste, de reprendre à zéro et d'appliquer une stratégie double : recentrer et élargir.
Autodéfense antisioniste
Recentrer, recentrer, recentrer
Alors, pour avancer sereinement dans ce bourbier, il faut avant tout désamorcer la ribambelle d'arguments fallacieux déployés par les défenseurs (qu'ils le soient par enthousiasme ou par ignorance) du génocide. La stratégie commune consiste à dévier, contourner, recontextualiser. Pourquoi ? Parce que les images qui circulent abondamment sur les réseaux sociaux montrant les innombrables atrocités commises par Tsahal sont frappantes et indéniables. On ne peut pas « accepter » ou « expliquer » des enfants déchiquetés, des hôpitaux et des camps de réfugiés bombardés, des civils affamés – alors on recontextualise.
- « Le problème, ce n'est pas Israël, mais la politique d'extrême-droite du gouvernement Netanyahou ! »
Botter en touche en associant inextricablement le génocide à la coalition des droites du gouvernement Netanyahou est presque devenu un automatisme pour défendre les actions d'Israël. Dans ce joyeux monde de Bisounours, ce seraient les vilains membres d'extrême-droite des cabinets de ce gouvernement qui seraient à blâmer pour toute cette sordide histoire, alors même que l'écrasante majorité des Israéliens appellerait à la paix et à l'amour entre les peuples.
Le problème, c'est que plusieurs sondages ont démontré le contraire : 82 % de la population juive du pays approuvent « le transfert (expulsion) des résidents de la bande de Gaza vers d'autres pays »6, dont 54% qui se disent très favorables. Plus affolant encore, 56 % de cette tranche de la population se dit favorable au « transfert (expulsion) des citoyens arabes d'Israël vers d'autres pays »6. 47 % étaient d'accord avec l'énoncé suivant (ma traduction) : « Lorsque Tsahal conquiert une ville ennemie, elle doit agir comme la façon dont ont agi les Israélites lorsqu'ils ont conquis Jéricho sous Joshua, c'est-à-dire, tuer tous ses habitants. »6.
S'ajoutent à ça les 64 % qui s'accordent sur le fait mentionné plus haut qu'il n'y a « pas d'innocents à Gaza »7, dont près d'un tiers des votants « de gauche » et deux tiers des centristes du pays. L'environnement médiatique et politique laisse par ailleurs le champ libre à de nombreux éléments de rhétorique qui sont, sans exagération, d'inspiration nazie. Si Michel ne me croit pas, je l'encourage à passer le tristement difficile quiz « Sioniste ou Nazi ».
En plus de ces sondages, quelques événements politiques et médiatiques ont prouvé qu'une part significative de la population juive du pays n'est pas opposée aux crimes de guerre de son armée, bien au contraire. À titre d'exemple, prenons le cas d'un détenu palestinien qui, en 2024, a été violé en réunion par une dizaine de gardes. Rien d'inhabituel malheureusement puisque dans les geôles israéliennes, tout est permis. Ce qui est plus surprenant, c'est que lorsqu'une vidéo de cette horreur a fuité via une chaîne de télévision nationale, les politiciens ont appelé à ce que le journaliste lanceur d'alerte (non, non, pas les violeurs) soit emprisonné, et des manifestations en faveur des soldats ont secoué le pays8.
Et comment pourrait-il en être autrement ? La population israélienne est, d'une part, endoctrinée jusqu'à la moelle par une propagande sioniste omniprésente, qui encourage ses citoyens juifs (des plus séculaires aux plus orthodoxes) à percevoir les Palestiniens comme des animaux sanguinaires tout juste dignes d'être massacrés ; d'autre part, elle est constituée d'une proportion non-négligeable de colons qui ne doivent leur existence continue qu'au vol des terres des populations locales. Il est logique, et même évident qu'un État suprémaciste comme Israël formate sa classe dominante pour qu'elle exècre les dominés, la déshumanisation étant un élément clef de ce type de régime.
Non, le problème n'est pas Netanyahou, mais plutôt l'ethno-état instauré depuis 1948 sur le territoire palestinien, où il est inscrit dans la loi que sa population juive est considérée comme supérieure9 10 11 et où la majorité de cette population est en faveur du génocide en cours.
- « Il n'y a pas de génocide à Gaza. »
Celui-ci, c'est un piège dans lequel il faut arrêter de tomber. Pour ma part, j'aurais tendance à croire qu'il ne faut plus se battre pour ce mot. D'accord Michel, il n'y a pas de génocide (même si l'IAGS12, l'ONU13, Médecins sans frontières14, Amnesty International15 et d'innombrables autres organisations l'affirment désormais). Mais alors, quel mot doit-on mettre sur le meurtre de dizaines de milliers d'enfants16, sur les actes de torture et de viol sur des prisonniers17 18, sur la destruction systématique de 90 % des habitats et 70 % de l'infrastructure globale19 20, sur la création volontaire de situation de famine21 sur un territoire qui a été transformé en camp de concentration moderne à grande échelle ?
Comment expliquer, si génocide il n'y a pas, les centaines d'incitations au génocide proférées ou écrites noir sur blanc par des hommes politiques, anciens membres de gouvernements, officiers, législateurs et journalistes israéliens22 23 ? Ces « décideurs » semblent, en tout cas, peu frileux à appeler ouvertement à l'extermination du peuple palestinien.
Questionner le statut de génocide n'est qu'une diversion. Netanyahou, Gallant, Herzog, Hagari et j'en passe – les décisionnaires ne laissent aucun doute sur leurs intentions, pourquoi douter de leurs aveux ? Si Michel a encore un doute, il peut faire un tour sur Archive Genocide si tant est qu'il a l'estomac solide.
- « Mais Israël a tout de même le droit de se défendre ! »
La question de la légitimité d'une défense face à une agression n'est jamais remise en cause par les soutiens de la cause palestinienne. Ce qui est et sera toujours contesté, c'est la légitimité, la légalité et la forme de ce qu'Israël appelle se défendre.
Prétendons pendant quelques instants que l'État d'Israël soit bel et bien dans la position du défenseur ici et non pas de l'agresseur (prétention qui, comme nous le montrerons plus bas, est absolument ridicule). A-t-on besoin d'abattre systématiquement des enfants d'une balle de sniper dans la tête dans des attaques ciblées24, d'utiliser du phosphore blanc au Liban25 26, de continuellement occuper et coloniser illégalement des territoires souverains27 pour se défendre ?
Au-delà de ces assertions devenues des classiques de la défense d'Israël, si grossières soient-elles, il faut aussi combattre l'omniprésence d'un lexique biaisé qui cache le génocide derrière des euphémismes opportuns. Ne laissez plus Michel parler de « guerre Israël-Hamas » – peut-il seulement nommer une bataille de cette guerre ? Un front ? Il n'y a pas de guerre en Palestine, il n'y a que des massacres. Même le terme de « conflit » est en réalité inadapté car il implique une certaine forme de symétrie.
Parce que si guerre il y a, alors on peut être en droit de s'attendre à ce que jus in bello (loi de la guerre) il y ait. Les implications sont nombreuses, mais les deux principes centraux s'avèrent être la distinction33 (entre civils et combattants) et la proportionnalité34.
Pour ce qui est du premier, il n'est même pas nécessaire de mentionner le nombre ahurissant de femmes, d'enfants et de vieillards massacrés par Tsahal durant les trois dernières années, bilan factuel qui démontre largement que toute discrimination entre civils et combattants est sciemment bafouée. Non, pas besoin de regarder le résultat puisqu'il nous suffit d'écouter ce que disent les terroristes d'État de l'armée israélienne eux-mêmes :
Lorsque les officiers des forces militaires israéliennes sont interrogés sur le meurtre de centaines de civils palestiniens pendant les combats dans la bande de Gaza, ils donnent presque tous la même réponse : l'usage massif de la violence a pour but de protéger la vie des soldats. Quand un choix doit être fait entre protéger la vie de soldats israéliens et celle de civils ennemis [...], ce sont les soldats qui passent d'abord.28
Cette citation date de 2009, mais on retrouve des traces de cette philosophie dès les années 90 dans la pensée militaire israélienne. Les choses sont on ne peut plus claires : un soldat israélien a une valeur supérieure à celle d'un civil gazaoui, en dépit de tout ce qui peut régir les lois de la guerre.
Concernant la proportionnalité... Comment dire ? D'un côté, la destruction quasi-totale des infrastructures d'habitation, des écoles et des hôpitaux19 20, le blocus et la création volontaire de conditions de famine29, le meurtre de plus de 73 000 Gazaouis pour plus de 170 000 blessés (chiffres qui sont très probablement sous-estimés30), et tous les crimes de guerre possibles et imaginables, le tout en trois ans (sans mentionner l'occupation et la colonisation en cours depuis bientôt 100 ans). De l'autre côté, 1 150 personnes dont 700 civils tués (dont certains par Tsahal eux-mêmes par la directive Hannibal31 leur permettant de frapper leur propre population pour en éviter la capture).
Certes, la taille des bilans ne fait pas la proportionnalité. Ce n'est pas parce que 73 000 > 1 150 que disproportionnalité il y a. Par contre, le principe de proportionnalité indique que la réponse doit être proportionnelle à la capacité de l'ennemi. Je pense qu'il est ici assez clair que les moyens employés (i.e., raser l'entièreté de la bande de Gaza pour en faire des stations balnéaires et en expulser tous les habitants) ne se conforment pas à ce deuxième principe.
Les dirigeants israéliens sont par ailleurs tout à fait au courant qu'ils violent continuellement le droit international, et s'en félicitent de manière décomplexée. Daniel Reisner, membre de la branche légale des forces armées israéliennes, disait en 2009 déjà : « Si vous faites quelque chose pendant suffisamment longtemps, le monde l'acceptera. [...] Le droit international progresse par des violations. »32
S'inspirant là encore des atrocités américaines – quoique l'inspiration soit souvent réciproque, Tsahal a adopté la prétention d'un « anti-terrorisme » comme socle de la justification de ses actions (voir Théorie du drone35 de G. Chamayou pour de bons exemples, la technique n'est pas toute neuve). Dans le cadre de l'anti-terrorisme, l'éthique d'un assassinat politique et/ou extrajudiciaire se transforme en quelque chose d'une nature différente. Là où le meurtre se justifie à la guerre par une autorisation tacite et implicite des deux camps à être tué en échange de la capacité à tuer, il s'agit ici de meurtres quasi-unilatéraux, les combattants palestiniens n'ayant qu'une minuscule capacité de riposte.
En termes de capacité militaire, on a des F-16, des satellites, une marine, des tanks et des ogives nucléaires contre 20 000 clampins armés de roquettes artisanales et de drones tenant avec deux bouts de ficelle. Il est tout bonnement ridicule d'utiliser le terme « guerre ».
Élargir, élargir, élargir
Il ne faut pas se contenter de rétorquer. Si Michel en croit BFM, tout a commencé lorsque le vilain Hamas a attaqué en 2023. Il convient de lui montrer que la situation tire ses racines jusqu'au XIXe siècle.
- Le projet sioniste est avant tout un projet colonial.
Les grands architectes de la pensée sioniste ne se voilaient pas la face. Le fond de l'idéologie qu'ils établissaient, ce n'était pas juste « un pays pour les Juifs » – un concept dont l'éthique peut être remise en question mais qui, à première vue, n'a rien de violent. Une fois le territoire de la Palestine mandataire choisi (ce qui ne fut pas une évidence, contrairement à ce qu'on peut intuiter), Theodor Herzl, l'écrivain austro-hongrois à l'origine de l'Organisation sioniste mondiale, a vite compris que ce territoire était déjà densément peuplé et que l'établissement d'un ethno-État et d'une colonie de peuplement ne pourrait pas se faire pacifiquement.
Il écrit notamment dès 1895 : « Nous allons tenter de faire passer la population indigente de l'autre côté de la frontière en lui trouvant du travail dans les pays de transit, tout en lui refusant tout emploi dans notre pays. »36, esquissant déjà un projet d'expulsion de la population locale. Il écrira plus tard, en 1902, une lettre à Cecil Rhodes dans laquelle il compare explicitement la colonisation impérialiste britannique à son propre projet : « Nous vous invitons à contribuer à écrire une page de l'Histoire. Cela ne concerne pas l'Afrique, mais un morceau de l'Asie Mineure ; non pas des Anglais, mais des Juifs. »37
Herzl n'écrit pas ici à n'importe qui. Rhodes, grand magnat de l'industrie minière en Afrique du Sud, y connaît un rayon en colonisation. En cherchant son soutien, Herzl explicite l'aspect colonial du sionisme en comparant les deux trait pour trait.
Vladimir Jabotinsky, autre acteur influant de la pensée sioniste, décrivait les choses encore plus clairement dans son essai Iron Wall de 1923 :
Toute population native résiste au colonisateur tant qu'elle a une once d'espoir de se débarrasser du danger d'être colonisée. C'est ce que les Arabes font en Palestine, et ils continueront de le faire tant qu'il leur restera un peu d'espoir d'empêcher la transformation de la "Palestine" en "Israël".38
Il écrit ensuite, dans le même texte : « La colonisation sioniste doit soit s'arrêter, soit se poursuivre sans tenir compte de la population autochtone. »38. Ces mots résonnent 100 ans plus tard d'une clarté cristalline. Dès lors, les architectes du projet sioniste avaient bien compris qu'il ne pourrait s'imposer que par la force.
Même les auteurs qui ont une réputation plus « douce » admettent, parfois en privé seulement, que l'objectif final a toujours été de saisir l'entièreté du territoire palestinien. David Ben-Gurion, figure centrale du premier gouvernement israélien, écrit ainsi une lettre en 1937 dans laquelle il s'explique à son fils qui critiquait sa décision en faveur d'une partition (le fiston voulant, bien entendu, tout) :
Mon hypothèse (et c'est ce pourquoi je suis un fervent défenseur de l'idée d'un État, même si celle-ci est maintenant associée à la partition) est qu'un État juif ne couvrant qu'une partie du territoire n'est pas une fin en soi, mais un début. [...] À ce stade, je suis convaincu que nous parviendrons sans difficulté à coloniser les autres régions du pays, que ce soit grâce à des accords avec nos voisins arabes ou par d'autres moyens.39
Dans la continuité de ce projet colonial, le génocide du peuple palestinien n'est que la suite « logique » du raisonnement sioniste : prendre le contrôle du territoire, par la plume si possible, par l'épée si nécessaire. Le ministre des Finances Bezalel Smotrich parle dans une conférence en 2025 avec la plus grande décomplexion du « business plan » en place (et négocié avec les Américains) pour capter au mieux les bénéfices du « marché immobilier » de Gaza maintenant qu'ils en ont fini avec la « phase de démolition »40, glaçante admission du réel projet derrière l'expulsion massive et le nettoyage ethnique des Gazaouis.
La colonisation est un point crucial de la critique d'Israël, qui est trop souvent laissé de côté pour parler du très lourd bilan humain et des massacres – qui méritent bien sûr d'être au premier plan, mais dont la cause initiale est cette idéologie coloniale au cœur de l'existence même de l'agresseur. Il n'a jamais été question pour Netanyahou de « libérer les otages » ou d' « éliminer le Hamas » que pour tenter d'apaiser l'opinion internationale.
Prétendre que l'État d'Israël n'est pas fondamentalement un projet colonial relève donc d'un révisionnisme bas-du-front puisque les créateurs du mouvement sioniste eux-mêmes associent indiscutablement la colonisation à leur installation dans la région, et ne cachent aucunement que cette installation se fera inévitablement par la violence.
- Le 7 octobre n'est qu'un événement dans la continuité de cette histoire. Il faut remonter jusqu'en 1948 pour en comprendre les causes profondes.
Les gouvernements successifs depuis Ben Gourion ne font donc qu'appliquer à la lettre la doctrine élaborée dès la fin du XIXe siècle. C'est dès 1948, avec la fin du mandat de la Société des Nations et la guerre civile qui s'ensuit, que l'expulsion systématique des Palestiniens démarre. Différentes organisations paramilitaires sionistes conduisent alors un nettoyage ethnique durant lequel plus de 700 00041 Arabes palestiniens sont chassés de leurs terres, soit environ 80% de la population locale. On estime à 5,9 millions le nombre de descendants de ces familles expulsées42, dont le retour est toujours interdit par la loi israélienne43.
Entre-temps (et je saute ici quelques décennies de répression), après la victoire du Hamas aux élections de 2006 à Gaza, Israël impose un blocus sévère dont l'objectif assumé est d'isoler, d'affaiblir et de mettre la pression sur le gouvernement nouvellement élu de la bande en rendant les conditions d'existence de sa population invivables. Les autorités israéliennes auraient ainsi délibérément calculé le montant des aides humanitaires pour mettre la population gazaouie en situation de malnutrition44, et un conseiller du Premier ministre contemporain déclarait que « l'idée est de mettre les Palestiniens au régime, mais de ne pas les faire mourir de faim. »45.
Puis, selon une stratégie militaire qu'ils qualifieront ensuite eux-mêmes de « tondre la pelouse »46, l'armée israélienne alterna entre périodes de paix relative et opérations militaires punitives dont l'objectif était de contrôler la montée de toute forme de résistance dans la région.
Face à une telle violence, qui dure depuis bientôt un siècle, difficile de prétendre sans trembler des genoux que cette histoire commence en 2023. En particulier, la notion de terre est importante ici : le gouvernement israélien, encore aujourd'hui, nie le droit de retour (pourtant « garanti » par le droit international47) aux familles palestiniennes dont il a volé les terres. Dans une cruelle parodie, ce même gouvernement permet avec sa « Loi du retour » depuis 195048 à tout Juif, même s'il n'a aucun lien direct avec cette terre, d'y immigrer et d'obtenir un visa.
Un des piliers de l'argumentaire sioniste moderne consiste d'ailleurs à justifier l'existence d'Israël par l'idée que c'est une terre ancestrale qu'ils peuvent donc occuper de bons droits, puisqu'elle leur a en substance toujours appartenu. Cette théorie a cependant quelques cailloux dans la botte : premièrement, et c'est un détail qu'on oublie vite, l'ethno-État proposé par les sionistes aurait tout à fait pu se constituer ailleurs.
Des propositions très sérieuses furent avancées en ce sens, comme l'Argentine49 à la fin du XIXe siècle, la vallée du Sinaï50, ou le Projet Ouganda (couvrant le Kenya actuel) soutenu par Theodor Herzl et rejeté en 190551. D'importantes scissions au sein du mouvement sioniste se feront d'ailleurs au sujet du territoire à choisir, tous ne favorisant pas l'implantation d'une colonie en Palestine.
Ensuite, et cela va de pair, le roman national israélien peine à se construire autour d'une unique histoire d'une « terre promise » et d'un peuple homogène. Déjà, parce que la Palestine était, historiquement, relativement multi-religieuse52, mais aussi parce que la diversité de la diaspora juive rend difficile la prétention qu'il existe un peuple juif. À titre d'exemple, l'hébreu, langue officielle d'Israël, était une langue morte à l'oral53 jusque dans les années 1930, n'étant plus employée que dans certaines communications écrites et en tant que langue liturgique. Sans comparaisons hâtives, imaginez ressusciter le latin dans le cadre d'un projet colonial catholique au vingtième siècle !
Il faut donc s'assurer de botter en touche cette idée qu'il y aurait un conflit ancestral millénaire religieux sur le territoire palestinien. Le sujet est avant tout colonial et vieux d'à peine un siècle et demi. L'historien israélien Ilan Pappé résume très bien la situation lorsqu'il écrit :
L'histoire de la Palestine, de ses origines jusqu'à aujourd'hui, est une simple histoire de colonialisme et de dépossession ; pourtant, le monde la considère comme multiforme et complexe — difficile à comprendre et plus difficile encore à résoudre. En effet, l'histoire de la Palestine a déjà été racontée : des colons européens arrivent en terre étrangère, s'y installent puis commettent un génocide contre les populations indigènes ou les expulsent. Les sionistes n'ont rien inventé de nouveau à cet égard. Mais Israël a néanmoins réussi, avec l'aide de ses alliés partout dans le monde, à construire une explication à plusieurs niveaux si complexe que seule Israël peut la comprendre.54
En ce sens, on peut comprendre la violence inouïe et la cruauté du régime israélien : son illégitimité lui impose l'adoption d'une posture constante d'agresseur, comme le caniche hurlant sur tout ce qui passe à côté. Sauf qu'ici, ce qui « passe à côté », ce sont les millions d'habitants de Gaza, de la Cisjordanie, mais aussi du Liban, qu'on n'abordera pas dans ce texte déjà bien touffu mais qui est redevenu un objet de convoitise pour les colons suite à l'évacuation forcée et l'invasion de sa partie Sud.
- La France n'est pas innocente là-dedans et elle a la capacité d'agir.
La France adore peser à l'international et a toujours eu un petit faible pour la colonisation (l'Algérie étant en 1948 toujours fermement française). Logique, donc, de la voir mettre son grain de sel dans les affaires israéliennes. Le soutien de Paris fut d'abord militaire dès les années 50, sous la forme d'hélicoptères55 et d'avions56 entre autres, mais aussi scientifique, l'alliance stratégique nucléaire entre les deux pays ayant contribué à l'obtention par le nouvel État colon de bombes atomiques57.
Ce programme nucléaire a aussi été établi avec l'assurance, en contrepartie, de la collaboration israélienne durant la crise de Suez. Ce n'est qu'en 1967 que les choses tournent au vinaigre avec l'embargo sur les armes faisant suite à la guerre des Six jours. Une rupture des relations franco-israéliennes qui restera très légère, la coopération diplomatique étant maintenue et aucune autre sanction économique n'étant proposée. Néanmoins, cela prouve bien par là que la France peut agir, puisque cet embargo aura mis en difficulté la branche aérienne des forces armées israéliennes, ne fut-ce qu'un instant.
L'hexagone n'est aujourd'hui plus un partenaire militaire majeur d'Israël. En cause, non pas une colonne vertébrale que nos dirigeants auraient trouvés au fond d'un tiroir de l'Élysée – les Israéliens ont simplement trouvé un partenaire plus opulent et encore moins regardant sur les violations des droits de l'Homme en la personne d'Oncle Sam.
Entre temps, la position officielle du gouvernement français est passée d'une reconnaissance totale à une critique molle des affaires outre-méditerranéennes. Le ton est d'ailleurs variable chez nos dirigeants, allant du soutien inconditionnel58 (propos que Yaël regrettera étrangement deux ans plus tard) à un « Ouh là là c'est pas très gentil » qui ne restera que des paroles en l'air.
Car les mots sont bon marché là où les actes coûtent et, en arrière-plan des vagues condamnations que peuvent offrir Macron et ses sbires, la collaboration continue. L'accord d'association UE-Israël tient bon59 en dépit du génocide qui, lui aussi, se maintient malgré la prétention d'un cessez-le-feu. La France reconnaît l'illégalité des colonies en Cisjordanie60 et se targue d'être le pays des droits de l'Homme, mais ne bronche pas pour faire pression sur un pays qui les piétine quotidiennement ?
En 2023, cent mille cartouches sont fournies par la société marseillaise Eurolinks à Israël. Nul ne doute que de nombreux nourrissons du Hamas seront terrassés par ces vaillantes munitions fièrement françaises.
Aujourd'hui encore, la France collabore avec ce pays génocidaire (et ce, malgré les déclarations de Manu à ce sujet en 2024). De l'équipement français y est expédié61 62, mais en petits morceaux, comme si ça lavait le sang qui était sur nos mains. Après tout, ce sont eux qui ont choisi d'assembler ces pièces pour en faire des bombes et des mitrailleuses, et puis, ces enfants seraient sans nul doute devenus de féroces terroristes s'ils n'avaient pas pris une balle dans la tête !
Même si cette collaboration militaire tend à disparaître, et est en bonne voie de le faire depuis mi-2026, il n'en reste pas moins qu'on doit en faire plus : non pas seulement arrêter d'aider Israël, mais plutôt la sanctionner et lui appliquer la pression économique et diplomatique dont on sait que l'Europe est capable. Elle a bien su le faire et elle le fait encore lorsque la Russie agresse l'Ukraine, en 2014 puis de nouveau depuis 2022. Comment l'UE peut-elle en être à son 21e paquet de sanctions contre la Russie63 (si justifiable soit-il) mais à zéro contre les génocidaires ?
À quoi bon ?
Alors que faire ? Rien, c'est déjà trop tard.
C'est ce qu'on pourrait être tentés de se dire... La bande de Gaza est devenue sous nos yeux un désert inhabitable ; voyez par vous-même, les images satellites ont été mises à jour récemment64. Des villes, des régions entières rayées de la carte par la fameuse précision chirurgicale du terrorisme d'État de Tsahal.
Parler de la Palestine à un public désintéressé ou acquis au narratif par défaut – la tâche peut vite sembler sisyphéenne. Ne nous voilons pas la face quant à une discussion réelle avec Michel sur le sujet : beaucoup sont ceux qui s'enferment dans l'ignorance. Plus remplis encore sont les bancs des attentistes, des je-m'en-foutistes et de ceux pour qui la géopolitique semble tout bonnement sans intérêt, même lorsqu'il s'agit d'événements gravissimes qui retentissent indirectement dans leur quotidien.
Il m'est avis pour autant que ce n'est pas peine perdue, bien au contraire. Pour se le démontrer, on aura tout intérêt à s'inspirer des pires. C'est David Kilcullen, expert en « contre-insurrection » ayant notamment travaillé comme conseiller spécial en 2007 lors de la seconde phase majeure de l'invasion de l'Irak par les États-Unis (autrement dit, un chic type), qui écrivait ceci : « Au niveau opérationnel, la contre-insurrection demeure une compétition entre différents camps, chacun cherchant à mobiliser la population pour sa cause. L'enjeu demeure les gens. »65
Ces mots prennent beaucoup de sens lorsqu'on les applique aux Michels. Fortement endommagée (à juste titre) à l'international, l'image d'Israël ne tient plus qu'à un matraquage médiatique et à la propagation de mensonges éhontés. Les « quarante bébés décapités »66 67, les viols de masse inventés68, l'absurde notion de « Pallywood »69, tous les mensonges possibles sont déployés, toutes les exagérations sont employées pour déshumaniser au maximum les Palestiniens. Et peu importe si ces affirmations aberrantes et présentées sans aucune preuve sont débunkées presque immédiatement. Tout ce qui compte, c'est qu'elles soient entendues.
Dans ce contexte de guerre de l'information, notre parole n'est pas sans poids et ce combat n'est pas sans fruits. C'est aussi à nous qu'il tient de porter les voix de ceux et celles qu'on tue, qu'on viole et qu'on affame chaque jour ; c'est à nous qu'il tient d'être intransigeants face à la rhétorique sioniste. L'opinion publique tourne de plus en plus en défaveur d'Israël70, mais les conséquences de cet « avis défavorable » se font encore attendre – il est temps de passer au concret.
Si une majorité de la population française a une opinion « défavorable » d'Israël, alors pourquoi rien ne change ? Parce que le gouvernement et les patrons ont tout intérêt à continuer la collaboration avec les génocidaires, par intérêts politiques et économiques. C'est seulement par la pression active et continue que nous pouvons leur tordre le bras et exiger que la France cesse de faire commerce avec les colons, qu'elle cesse de livrer des armes à Israël, qu'elle poursuive les criminels de guerre franco-israéliens engagés dans l'armée terroriste de Tsahal – que la France fasse pression pour la fin du blocus et mette en place des sanctions immédiates, comme elle a pu le faire avec tant d'entrain à l'encontre de la Russie ; qu'on exige le droit de retour pour les familles expulsées de Cisjordanie et ailleurs. En bref, qu'on aille, enfin, vers une solution à un État.
Sans l'appui et l'action d'une partie importante de la population française (dont Michel fait partie pour le meilleur et pour le pire), rien ne sera fait là où ça importe réellement, c'est-à-dire à l'échelle nationale puis internationale. Car l'enjeu demeure les gens.
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Israël-Palestine, le 7 octobre et après (2) : doubles standards et compassions sélectives, Acrimed, 2024 ↩
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The full interview with Israeli President Isaac Herzog, BFMTV, 2023 ↩
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Olivier Rafowicz, porte-parole de l'armée israélienne: "Le Liban a laissé faire le Hezbollah", BFMTV, 2024 ↩
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Au royaume des aveugles : CNews déroule le tapis rouge pour Netanyahu, Blast, 2024 ↩
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« Il n’y a pas d’innocents à Gaza » : Channel 14, la chaîne de télévision israélienne accusée de discours génocidaires, Le Monde, 2026 ↩
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Poll Shows Majority of Israelis Support Expelling Gazans, Genocide Watch, 2025 ↩↩↩
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Poll: Overwhelming majority of Jewish Israelis share genocidal belief there are ‘no innocent people in Gaza’, Mondoweiss, 2025 ↩
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Israeli protesters rally for ‘the right to rape’ prisoners, Aljazeera, 2024 ↩
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Basic Law: Israel as the Nation-State of the Jewish People, Wikipedia ↩
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Israel’s apartheid against Palestinians: Cruel system of domination and crime against humanity, Amnesty International, 2022 ↩
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Israel’s discriminatory death penalty law marks grave human rights retrogression, UN anti-racism committee warns, ONU, 2026 ↩
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Israël commet un génocide à Gaza, affirme une commission d’enquête de l’ONU, ONU, 2025 ↩
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Stop au génocide des Palestinien·ne·s commis par Israël à Gaza, Amnesty International, 2024 ↩
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‘Unimaginable horrors’: more than 50,000 children reportedly killed or injured in the Gaza Strip, Unicef, 2025 ↩
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Israël accusé de «violences sexuelles généralisées» contre les détenus palestiniens, Le Devoir, 2026 ↩
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Viols, tortures et privations : dans ses prisons, Israël broie les âmes et les corps des Palestiniens, Mediapart, 2026 ↩
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Destruction of homes leaves Palestinians unable to safely return to Rafah, Médecins Sans Frontières, 2025 ↩↩
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UNOSAT Gaza Strip Comprehensive Damage Assessment, UNOSAT, 2025 ↩↩
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Starvation and the right to food, with an emphasis on the Palestinian people’s food sovereignty – Report of the Special Rapporteur on the right to food, ONU, 2024 ↩
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Law for Palestine Releases Database with 500+ Instances of Israeli Incitement to Genocide – Continuously Updated, Law for Palestine, 2024 ↩
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A Registry of Israeli Genocidal Statements on Gaza, AL-HAQ, 2025 ↩
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Foreign doctors say Israel systematically targeting Gaza’s children: Report, AlJazeera, 2025 ↩
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Israel used white phosphorus to scorch earth in south Lebanon, researcher says, 2026 ↩
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Liban : Israël a illégalement utilisé des munitions au phosphore blanc, Human Rights Watch, 2026 ↩
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UN slams Israel’s expansion of illegal settlements in occupied West Bank, AlJazeera, 2026 ↩
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The Philosopher Who Gave the IDF Moral Justification in Gaza, Haaretz, 2009 ↩
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Violent and non-violent death tolls for the Gaza conflict: new primary evidence from a population-representative field survey, The Lancet, 2025 ↩
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Report of the Independent International Commission of Inquiry on the Occupied Palestinian Territory, including East Jerusalem, and Israel – Advance unedited version (A/HRC/56/26), ONU, 2024 ↩
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How Israel redefines international law as a cover for its Gaza crimes, Middle East Eye, 2019 ↩
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Le principe de la distinction entre civils et combattants, CICR ↩
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‘We must expel Arabs and take their place’: Institute for Palestine Studies publishes 1937 Ben-Gurion letter advocating the expulsion of Palestinians, Mondoweiss, 2012 ↩
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VICTIMES : HISTOIRE REVISITEE DU CONFLIT ARABO-SIONISTE, Benny Morris, 2003 ↩
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Israel forced to release study on Gaza blockade, BBC, 2012 ↩
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The mathematics of starvation: how Israel caused a famine in Gaza, The Guardian, 2025 ↩
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Mowing the Lawn: Lethal Metaphors in Israeli National Security Culture Pre-7 October, Nadim Rouhana, Journal of Genocide Research, 2026 ↩
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African Zion: The Attempt to Establish a Jewish Colony in the East Africa Protectorate, 1903-1905, Robert Weisbord, 1968 ↩
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Demographics of Historic Palestine prior to 1948, CJPME, 2004 ↩
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L'embargo a été strictement appliqué dès janvier mettant fin à douze années de coopération militaire, Le Monde, 1969 ↩
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Yaël Braun-Pivet dit avoir « eu tort » de « choisir » le terme de « soutien inconditionnel » de la France à Israël après le 7-Octobre, Le Monde, 2025 ↩
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Union européenne. La réticence à suspendre l’accord d’association entre l’UE et Israël est le signe d’un mépris flagrant pour les vies civiles, Amnesty International, 2026 ↩
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Respect par la France de ses engagements internationaux concernant l'occupation illégale des territoires palestiniens, Sénat, 2025 ↩
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Les exportations militaires françaises vers Israël, un flux de composants régulier et diversifié, Le Monde, 2026 ↩
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Guerre à Gaza : la France a fourni en secret des équipements de mitrailleuses à Israël, Disclose, 2024 ↩
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UE : adoption d'une 21e série de sanctions européennes contre la Russie, Vie Publique, 2026 ↩
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Satellite imagery shows erasure of southern Gaza as Israel expands control, AlJazeera, 2026 ↩
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« Quarante bébés décapités » : itinéraire d’une rumeur au cœur de la bataille de l’information entre Israël et le Hamas, Le Monde, 2024 ↩
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‘Beheaded babies’ – How UK media reported Israel’s fake news as fact, Declassified UK, 2024 ↩
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October 7 'rape claims' debunked as Israeli propaganda unravels, TRTWorld, 2024 ↩
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« Gazawood », « Pallywood », « acteurs cachés » : sur X, la fachosphère et les soutiens inconditionnels de Netanyahou discréditent les images insoutenables de Gaza, L'Humanité, 2024 ↩
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Most people across 36 countries have negative views of Israel and little confidence in Netanyahu ↩